Photo © Raphaël Chapuis (Grand requin marteau)
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Des requins en Méditerranée ? Dans les eaux de Corse ?
Hè una macàgna, nò? (c’est une plaisanterie, non ?). Laissons les aprioris de côté, laissons l’image des "Dents de la mer" aux scénaristes de films à sensations car c’est tout à fait sérieux : il y a des squales alentours de l’Ile de Beauté. Ces « monstres marins » sont souvent mal aimés parce qu’on ne les connaît pas assez. Notre travail s’efforce donc d’apporter des éléments rigoureux de connaissance en direction des publics les plus larges ; ce site en constitue l’une des expressions
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photographie inédite de Tito de Caraffa. © collection du Palazzo Caraffa – Ville de Bastia
Les requins de Méditerranée ont fait l’objet d’études sporadiques et discontinues dans le temps. Tito de Caraffa, puis les biologistes marins Paul Rancurel et Roger Miniconi, ont été en ce domaine des précurseurs insulaires, mais il convient de travailler sur la durée. Notre association Corsica - Gruppu Mediterraneu di Ricerca nantu i Squali / Corsica – Groupe de Recherche sur les Requins de Méditerranée s’inscrit résolument dans cette perspective et, plus précisément, en prolongement du Mediterranean Shark Research Group, créé au cours de l’été 2000, sur l’initiative d’un groupe de chercheurs souhaitant promouvoir un réseau d’informations entre les divers ichtyologistes et naturalistes étudiant les requins. Les fondateurs en ont été l’Italien Alessandro De Maddalena (Italian Great White Shark Data Bank), le Slovène Lovrenc Lipej (Marine Biological Station Piran) et les Espagnols Joan Barrull et Isabel Mate (Barcelona Museum of Zoology).
L’ensemble des membres de ce groupe fait partie de pays possédant une façade méditerranéenne (bien que l’intégration de chercheurs du monde entier soit possible, pour peu que l’intérêt et les travaux passés ou futurs portent sur la zone marine considérée).
Par décision initiale, ce groupe européen n’est pas une association officielle et n’a pas de président.
Envisageables à la fois au niveau de l’ensemble des membres, les activités peuvent se limiter à des zones géographiques précises.
C’est le cas pour la Corse. En 2011, Vincent Maliet, passionné par les requins, auteur ou correcteur de fiches sur le site web DORIS (CNEB-FFESSM), travaillant en lien avec Alessandro De Maddalena et d’autres scientifiques crée officiellement une association de loi 1901, spécifique à l’étude, la conservation et la médiation scientifique et culturelle des squalidés fréquentant les eaux insulaires. Cette structure, basée sur Ajaccio, est ouverte à toute personne intéressée par les Elasmobranches (entendez tout simplement les requins et les raies) et qui souhaiterait apporter une pierre à l’édifice, si modeste soit-elle.
Il s’agit notamment de recueillir des données susceptibles d’échapper aux scientifiques, de les centraliser et de les répartir selon les meilleures orientations possibles vers les spécialistes concernés, afin de combler progressivement les lacunes existant dans la connaissance de ces poissons cartilagineux.
A l’échelon régional, le groupe Corse ambitionne de travailler sur l’ensemble du littoral insulaire, en partenariat avec les réseaux existants, tels que des universitaires, des associations investies dans l’observation des cétacés, ou le réseau des échouages, des plongeurs, des chasseurs sous-marins, des pêcheurs professionnels ou de loisirs… Sa volonté est signe positif de changement dans les moyens d’étude ; elle s’efforce de combler progressivement les lacunes existant encore dans notre connaissance de ces poissons cartilagineux.
En Méditerranée, les requins se trouvent gravement menacés de disparition. Une étude scientifique conduite en 2008 montre le net déclin des espèces au long des deux dernières siècles, de l’ordre de 97 %, tant en ce qui concerne le nombre et le poids. Certaines espèces sont très directement affectées aux abords de la Corse, comme les requins marteaux dont les prises accusent un déclin très net en mer Ligure et en mer
Tyrrhénienne. Les données démographiques demeurent difficiles à obtenir : il y a peu de pêche ciblée -citons une pêcherie artisanale printanière au Nord de l’Adriatique, ciblant les émissoles (Mustelus sp) et les aiguillats (Squalus sp) et une autre dans le golfe de Gabès (Tunisie) pour la pêche des émissoles, du Requin gris (Carcharhinus plumbeus) et des raies guitares
(Rhinobatos sp)-, il n’existe aucun quota pour la commercialisation et l’on compte beaucoup de pays différents bordant la Méditerranée…
Tout un chacun s’interroge à propos des requins. Nous avons donc aussi pour vocation de nous engager dans une mission de médiation culturelle et scientifique pour répondre, par exemple, à des questions comme celle-ci :
"D’apressu à certi scientifichi, i squali s’avvicinanu di più in più di à Corsica. E sorte e piu scuperte serebbenu quelle ch’o chjameraghju : "i squali-martelli " e " i squali-pelegrini". Chi ne pensate voi, ne cugniscite d’altri, forse?" (D’après les scientifiques, les requins s’approchent de plus en plus de la Corse. Les espèces les plus fréquentes seraient les requins marteaux et les requins pèlerins. Qu’en pensez-vous ? Peut-être en connaissez-vous d’autres ?).
Origine du mot « requin »
En Français, ce terme viendrait de « requiem » la prière des morts.
Effectivement, selon le second tome du Dictionnaire des Arts et des Sciences rédigé par
Thomas Corneille et imprimé en 1694, cela s’explique « parce qu’on a plus qu’à faire chanter Requiem, pour ceux qui en sont mordus. D’autres veulent qu’on luy ait donné ce nom, qui signifie Repos, à cause qu’il a accoustumé de paraistre lorsque le temps est tranquille. ».
Cette étymologie très incertaine se trouve soutenue par l’usage qu’en fait le langage courant avec l’expression « requin requiem », désignant la singulière famille des « requins vrais » -ou « Carcharhinidae »-. D’autres linguistes font le rapprochement avec un terme d’origine normande ou picarde où le mot « quin » / « kin », forme usuelle de « chien » serait employée au début du XIIIe siècle : le requin est un « chien de mer » , ainsi que l’on désignait encore au XXe siècle d’autres animaux de la famille des « Scyliorhinidae », assez fréquemment pêchés sur le littoral…
En Corse, on utilise le terme générique de « squalu » (prononcer squalou ; squali au pluriel). En cela, nous nous référons à la Banca di dati di a lingua corsa – INFCOR
élaborée par l’Association pour le Développement des Etudes archéologiques, historiques, linguistiques et naturalistes du Centre-Est de la Corse (ADECEC). Etymologiquement, ce mot renvoit au latin « squalus », hâpre, hérissé, en référence à la peau si particulière des Elamobranches, utilisée pour leur caractère abrasif dans des actions de polissage.

