Morsures – rapport n° 2

Lieu : Haute-Corse, commune de Palasca, punta di Acciola

Date : 3 juillet 2006
Informations découverte : X / Cathy Cesarini – CARI
Photographies : X, total : 4
ref : MSRG-Corse / 2011.1 Stenella coeruleoalba/ 08-05-2011 / VM

Circonstances de l’observation

Sujet : Stenella coeruleoalba adulte dont le sexe ne nous est pas connu.

La dépouille de ce Dauphin bleu et blanc dérivait en surface à une distance non précisée de la côte.

L’animal a été vu et photographié par des insulaires à bord d’un bateau de plaisance mais n’a fait l’objet d’aucune observation scientifique in situ. Les quatre clichés pris à bord de l’embarcation montrent essentiellement le dauphin sur son flanc gauche, avec perspectives sur les zones dorsales et ventrales. L’état du flanc opposé reste inconnu. L’état du cadavre, plutôt bon et sans nécroses apparentes, laisse supposer une mort récente.

De nombreuses morsures entament la peau, la chair de l’animal et les viscères. La forme parabolique des morsures exclut d’autres prédateurs que le requin (l’orque notamment). La présente recherche porte sur l’identification de l’espèce et tente de déterminer si la cible était morte ou vivante lors de sa consommation.

Description objective des morsures

Trois zones d’attaque sont à distinguer :

  • une en partie dorso-latérale gauche,
  • deux autres en partie ventrale,

L’animal mesure près de deux mètres.

La durée de séjour du cadavre dans l’eau avant découverte est inconnue. On distingue quelques lésions liées à la décomposition du corps sur les surfaces cutanées mais aucune blessure ne semble liée à une hélice de bateau.

Dans la partie postérieure de l’abdomen, dans la zone pelvienne, la peau semble présenter des craquelures verticales. Ce phénomène, pour autant qu’on puisse le distinguer, ne semble pas résulter d’une morsure. A titre de prudente hypothèse, nous suggérons qu’elles puissent être liées à un manque d’hydratation (partie du cadavre exposée à l’air lors de la dérive ?). Ceci pourrait signifier que la dépouille flottait ventre en l’air.

1° au niveau dorso-latéral gauche, on relève un minimum de quatre morsures centralisées sur l’évent et sa périphérie en direction de l’aileron. La taille de l’image numérique fournie et la perspective de la prise de vue ne permettent pas de savoir si la pénétration des bouchées porte atteinte au crâne.

2° à l’arrière du bec, la chair de la mandibule a été attaquée. Le travail se poursuit sous l’œil (au niveau de l’oreille interne) atteignant finalement, de manière plus superficielle, la partie surmontant la nageoire pectorale plus difficile à saisir.

3° Le siège de la troisième série de morsures se localise au niveau de l’abdomen, laissant la cavité grande ouverte avec la colonne vertébrale visible. L’intestin parait manquer en totalité, le foie en lambeaux et l’estomac, plus légèrement touché, pend. Le nombre de morsures indentifiables est de trois mais il doit être doublé, a minima, peut-être même triplé ?

La partie inférieure du pédoncule caudal porte des traces plus superficielles. Certaines pourraient ne pas résulter de l’action du prédateur.

Analyse

Les organes vitaux ont été sérieusement atteints. Mais l’animal était-il alors vivant ? Si l’on note la présence de sang sur la plateforme tribord arrière du bateau, où est placée la dépouille il faut considérer le peu qui s’y trouve. La coloration des chairs, dans leur ensemble, ne postule pas en faveur d’un corps exsangue. Même si l’on prend en considération un détournement éventuel des flux sanguins de la périphérie du corps de type « Diving Reflex » (se produisant lors de plongées profondes) et que certains spécialistes (comme l’immunologiste Michael Zasloff , Georgetown University Medical Center) pensent susceptible de se déclencher après blessure, (moins de sang moins de pertes), le nombre d’impacts est tel ici qu’il nous paraît avisé de réfuter l’hypothèse. Par voie de conséquence, ceci nous autoriserait aussi à douter d’une attaque sur un dauphin vivant. En revanche, on peut sérieusement supposer la présence de plusieurs prédateurs, au vu du nombre de morsures.

On observe traces laissées par les dents, en forme d’estafilades régulières, en partie inférieure, ce qui laisserait à penser que les dents de la mandibule sont étroites et sans doute lisse. Dans le secteur de la pectorale, il est également possible de discerner l’empreinte laissée par les dents du maxillaire. Les photos n’offrent pas une grande précision, il reste donc difficile de se prononcer. D’un examen attentif on semble fondé à affirmer que  les perforations n’ont pas la même forme, paraissant affecter la physionomie de  poinçons irréguliers. Si cela était avéré, on pourrait raisonnable en déduire que les dents supérieures étaient plus épaisses, peut-être recourbées voire dentelées.

Le prédateur a prélevé de généreuses bouchées, de manière répétée (rien ne certifie l’intervention de plusieurs prédateurs, ce qui ne constitue pas, a contrario, la preuve de l’action d’un seul requin). L’état général du corps ne permet pas non plus de savoir si le cétacé a fait l’objet d’un ciblage alors qu’il était en vie (ce qui est peu probable), agonisant ou déjà mort. Une nécropsie de l’individu aurait pu aider à formuler des hypothèses.

Comme ce dauphin se rencontre avec certaines espèces de thonidés  dont il suit les déplacements, on pourrait songer à des prédateurs importants, comme le Grand requin blanc (Carcharodon carcharias). Toutefois, la taille estimée des morsures, la forme supposée des dents comme le type de morsure (non tournée) devrait suffire à l’exclure.

En considérant la liste des requins présents en Méditerranée (ref. A. De Maddalena -Haie in Mittelmeer, Kosmos, 2005), et en excluant ceux dont les mœurs alimentaires ne correspondent pas avec le cas concerné, comme ceux dont les dents provoqueraient des dilacérations nettement différentes, il est possible de retenir quelques candidats potentiels, même sans disposer de vues très nettes du détail de chaque morsure. Il semble que les prédateurs relèvent de la Famille des Carcharhinidés.

Le Requin peau bleue (Prionace glauca) ferait un candidat sérieux, étant notamment connu pour apprécier les cadavres de cétacés, en surface notamment, comme pour interagir collectivement sur une source alimentaire.

Sa taille avoisine ordinairement celle du Dauphin bleu et blanc, mais il peut atteindre 3 m et il présente une gueule parabolique aux courbes régulières.

Remarques

La partie latérale droite n’a pas été couverte.

L’absence d’individualisation des morsures, avec échelle, constitue également une limite à l’exercice d’identification de l’espèce prédatrice.

Vincent Maliet / Corsica – MSRG

 Photos © X – juillet 2011

Scénario possible d’une attaque

A. Approche par dessous et par l’arrière
B. Morsure initiale du dauphin sur le flanc
C. Morsure derrière l’aileron dorsal (différent du présent cas)

Document extrait de BIANUCCI, G., SORCE, B., STORAI, T., & LANDINI, W. (2010). Killing in the Pliocene: shark attack on a dolphin from Italy Palaeontology, 53 (2), 457-470 DOI:
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