Le Grand blanc en Corse

Carcharodon carcharias, pêche d’un spécimen juvénile.

Vincent Maliet

Par tradition, la période estivale n’est pas propice aux farces, c’est donc avec sérieux que nous avons reçu l’information, grâce à Aymeric Bein, de l’Université de Cortè : celle d’une capture intéressante qui s’était produite en Corse. Fin août 2012, un jeune squale, un mâle, s’est fait prendre dans un filet calé dans les eaux balanines, au sud de Calvi, entre la Punta Revellata et Galeria. L’examen de la photographie prise par les pêcheur, Toussaint et François Lunardi, permet de connaître approximativement la taille de ce Carcharodon carcharias, en considérant l’intervalle séparant les membrures bien visibles du bateau.

L’estimation peut raisonnablement être établie à plus de 2 mètres, ce que corrobore les hommes de mer, qui donnent aussi l’indication du poids : une bonne centaine de kilos. Ceci semble parfaitement recevable sachant, indépendamment d’une légère disparité liée au sexe de l’animal, qu’une jeune femelle prise en mer Egée le 21 février 2009 pesait 47, 5 kg, pour 1, 80 m, et qu’une autre, le 15 avril suivant, était forte de 102 pour 3 m. Plus anciennement, le 22 juillet 2000, au large de l’ile toscane de Giglio, un spécimen de 120 kilos accusant 2 m de longueur environ avait été pris par des pêcheurs loisirs.

Ce type de capture fait malheureusement toujours moins de bruit que pour un adulte aux dimensions plus impressionnantes.

Il est dommage que ce sujet immature ait échappé à une étude approfondie, en dehors de son contenu stomacal qui n’a rien révélé. L’examen des quelques dents conservées par le pêcheur procure quelques petits compléments d’information très utiles. Ces éléments ont été déterminants pour confirmer l’espèce. En effet, en se basant sur un examen morphologique très incomplet, d’éventuelles confusions peuvent toujours se produire : les jeunes sujets d’autres espèces de Lamnidés présentent des ressemblances -il s’agit du Requin Taupe (Lamna nasus) et du Mako (Isurus Oxyrinchus), exclusion faite, à priori, du Requin petit-taupe (Isurus paucus) considéré comme absent de Méditerranée-. Mais les risques sont ici totalement inexistants, notamment au vu du cliché présentant la mâchoire grande ouverte.

Corsica – Groupe de Recherche sur les Requins de Méditerranée s’est rapproché des instances de pêches afin d’obtenir aide et collaboration pour ses travaux. Ceci permettrait d’éviter, à l’avenir, d’obtenir trop tardivement accès à l’information.

La présence d’un tel jeune individu pourrait indiquer que le bassin occidental de la Méditerranée correspond à une aire de nurserie pour ces grands squales. Des indices concordant conduisent les chercheurs à poser l’hypothèse que le golfe de Gabès (Tunise) et les eaux de Lampedusa (Italie) correspondent à des zones de parturition.

Remerciements à Toussaint et François Lunardi.
Sources :
Kabasakal H., Yarmaz A., Özgür Gedikoglu S., 2009 – Two juvenile Great white sharks, Carcharodon carcharias (Linnaeus, 1758) (Chondrichthyes; Lamnidae), caught in the Northeastern Aegean Sea. in Annales Ser. hist. nat. (19): 2.
Pour le détail de la dentition, chez l’adulte comme chez le juvénile, se reporter à : De Maddalena A., 2002 – Lo Squalo bianco nei mari d’Italia. IRECO. 143 p.
Porqueddu M., 2000 – Due squali bianchi al largo del Giglio: "Nessun pericolo". in Corriere della Sera, Il Caso – Milano, 30 juillet, p. 13
Maliet V., Reynaud C., Capapé C. (2013) – Occurrence of great white shark, Carcharodon carcharias (Elasmobranchii: Lamniformes: Lamnidae), off Corsica (northern Mediterranean): historical and contemporary records. in Acta Ichthyol. Piscat.  43 (4): 323–326.
Pour citer cet article : MALIET Vincent, in CORSICA-MSRG, 5/9/2012 : Le Grand blanc en Corse, http://wp.me/P1UfBB-K6

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La zone aurait déjà été l’objet d’une observation en plongée, fin septembre 2011 (compte-rendu sommaire publié le 10 octobre 2011, sur un forum de plongeurs). Jean-Pascal Acquaviva (de Calvi) et son binôme se trouvaient près d’un tombant, par 40 à 45 m. A la faveur d’un vidage de masque inopiné, le plongeur aperçoit un spécimen de près de quatre mètres de long dans le sillage d’un banc d’une dizaine de petits thons. La palanquée a pu la scène une dizaine de minutes, depuis une position inférieure, et a été impressionnée par la blancheur ventrale du squale. L’animal évolue lentement, à 10 ou 15 m de la surface, dans une eau à 22° ou 23°. La mer était belle ; le temps ensoleillé.

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Plus anciennement, en 1984, la capture d’un Grand requin blanc adulte a été enregistrée dans l’extrême sud, à 6 miles environ de Roccapina (Sartène) sur le plateau des Moines, par des pêcheurs Propriannais : Antoine-Jean et Jean-Baptiste Giannetti. Les filets étaient calés par 120 m de fond.

L’estomac contenait les restes d’un dauphin (60 kg) et de divers poissons.

Précédemment, dans la même zone, la barque des deux hommes avait sombré après avoir heurté un objet flottant.

Pour citer cet article : MALIET Vincent, in CORSICA-MSRG, 5/9/2012 : Le Grand blanc en Corse, http://wp.me/P1UfBB-K6

La présence de cette espèce en Méditerranée et dans les eaux de Corse est tout à fait normale, de même pour d’autres Lamnidés. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Ce requin fréquentait ces eaux bien avant la présence de l’Homme sur l’ile. Il s’approche parfois de la côte, plus rarement du proche littoral. Aucune attaque documentée n’est sérieusement attestée, au regard de la documentation historique.

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