Bastia, Vieux-Port / Vechju Portu di Bastia

Le 16 juin 2012 vers 11 h 30 un Diable de mer méditerranéen a été repéré nageant en surface dans le Vieux-Port.

Les premiers observateurs revenaient d’une plongée en mer (Neptune Club Bastiais) et se sont mis à l’eau dans l’avant-port pour mieux observer l’animal.  Ce jour, l’observation a duré plus de 4 heures(plus de signalement autour de 17 h).

L’état de la mer, belle avec un temps ensoleillé, ne semblait pas pouvoir expliquer ce comportement. Les allées et venues de la raie n’ont pas manqué d’intriguer. Certains se sont montrés  préoccupés par la gêne occasionnée en zone portuaire, avec des mouvements d’engins nautiques notamment. Beaucoup craignaient également les risques de blessures dont certaines auraient pu s’avérer fatales avec les hélices.

Le Diable de mer était d’une grande taille, avec une envergure estimée à 2 mètres.

Un rapala (leurre de pêche) était fixé sur l’aile droite (1), au niveau de l’épaule, avec portion de fil (2).

Plusieurs tentatives ont été faites pour faire sortir la raie de l’avant-port où elle se trouvait. Elle s’est en revanche davantage enfoncée dans la zone portuaire, évoluant le plus souvent en surface. Elle quitte parfois le secteur pour se diriger vers le bassin du port de commerce et reviens. A force de heurter des coques de bateaux et des bouts, les ailes présentent des ecchymoses.

Observation et photos (sauf mention contraire) © Marc Salvadori ; Vidéo de ce spécimen de Mobula mobular © Adrien Pavie (Neptune Club Plongée – Bastia)

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Analyse des informations recueillies :

Un témoin a fait signalement d’un Diable de mer observé la veille aux abords du tunnel routier (anse de Ficajola). Il peut s’agir du même animal.

Dans le port, pensant lui venir en aide, certaines personnes ont utilisé une gaffe pour la sortir et tenter, sans pince, de lui ôter le leurre. Cette pratique n’est pas à recommander. Elle risque de blesser l’animal (dont on rappellera qu’il se figure sur la liste rouge des espèces en Danger d’Extinction) et provoque un grand stress. Est-il préférable de mettre des plongeurs à l’eau, avec un plan d’action concerté pour tenter de contraindre calmement la raie à prendre une direction déterminée ? Cette technique génère moins de tension mais n’est pas davantage à recommander.

Certes, il n’est pas ordinaire de voir évoluer un tel animal en un milieu aussi fortement occupé par l’Homme. Si la raie ne s’est pas sentie confinée en raison de la présence de nageurs dans l’avant-port qui auraient pu constituer un obstacle temporaire, il demeure tout à fait hypothétique de supposer les méfaits de parasites internes. La couleur verte des eaux tendraient à indiquer un fort développement du phytoplancton. Il n’a pas été fait mention de la présence de zooplancton (souvent difficile à apprécier visuellement) dont le Diable de mer méditerranéen aurait éventuellement pu se nourrir. Sa gueule étant située en face ventrale il était impossible aux observateurs de surface de vérifier si la raie se nourrissait ou non.

Le rapala, tel que fixé, ne semblait pas constituer un problème préoccupant pour sa santé ; elle plus souvent victime des filets dérivants, des sennes tournantes, des palangres ou des chaluts. Elle ne constitue toutefois pas une cible pour les pêcheurs, qui la capturent plus souvent accidentellement en chassant le thon ou l’espadon. Sa prise demeure illégale, se trouvant protégée par les conventions de Barcelone et par de Berne.

Trois informateurs nous ont fait savoir qu’un pêcheur s’est jeté à l’eau depuis le quai pour lui enlever l’hameçon en inox, non sans se blesser légèrement au passage. Ce geste courageux n’est toutefois pas à recommander.

Un autre message, reçu lundi 18 juin vers 19 h 00, stipule le retour de la raie dans le secteur du port de commerce, où elle est demeurée la journée du 19, au risque de se faire gravement blesser, voire de succomber à la puissance des hélices.

Que faire, que ne pas faire ?

Dans une zone aussi vaste, l’entrée en action de palanquées de plongeurs n’est pas réaliste.

L’utilisation d’un filet comporte de grands risques inutiles, l’animal étant susceptible de s’emprisonner dans les mailles et s’abîmer davantage, voire ne plus parvenir à respirer.

Comme bon nombre d’élasmobranches, cette raie nage en permanence pour produire un courant d’eau destiné à fournir l’apport vital en oxygène.

Si l’on envisage de le déplacer, la solution la plus efficace consisterait à placer le Diable de mer dans un container. Encore faut-il en trouver un de dimensions suffisantes (dépassant la taille de l’animal). Encore faut-il réussir à y faire entrer la raie avec le moins de stress possible. Encore faut-il pouvoir lui fournir un courant d’eau pour éviter la suffocation. Tous ces paramètres sont à réunir ensemble, avec des personnes ayant compétence pour agir.

Nous craignons sérieusement que cette opération ne puisse se réaliser dans des conditions suffisamment sûres. Or, l’objectif est de gagner le large pour la relâcher en bon état, non de lui infliger des blessures supplémentaires ou de l’affaiblir plus encore…

Qui plus est, il faut également pouvoir être autorisé à intervenir.

La Convention de Berne et la Convention de Barcelone empêche toute capture volontaire de cet animal, qui doit être protégé.

Dans ces conditions, nous avons préconisé d’attendre patiemment son départ, en espérant qu’elle ne soit pas victime d’un navire en mouvement… Mieux vaut ne rien faire que de mal faire, car ce qui en résulte est souvent plus tragique. Mieux vaut adapter localement nos comportements pour éviter au maximum de porter atteinte à un tel animal.

Le 20 juin, nouveau changement de lieu et retour au Vieux-Port où la raie a été vue jusqu’aux alentours de 11 h 30. « Radio-Ponton » (source non vérifiable) signale son arrivée sur le port de Toga (non confirmée par la capitainerie). A-t-elle ensuite pris le large ???

© David Paoli – 20 juin 2012, vers 11 h 00. Les éraflures et écorchures se lisent nettement (notamment à l’endroit où se situait le rapala). Les nageoires céphaliques sont également blessées (sans doute par suite de contacts répétés avec les coques de bateaux). La gueule ouverte laisse entrevoir le pavé dentaire. Avec les mouvements réguliers observés dans les déplacement, ceci est signe de vitalité.

De nombreuses photos et vidéos nous sont parvenues, dont celles de Stephan Le Gallais, David Paoli, Olivier Guitry, Bastia Offshore Fishing Club. Ces documents sont intéressants car ils montrent à l’évidence que l’état général de l’animal marin parait satisfaisant et que ses blessures semblent superficielles. Nous remercions chaleureusement tous ceux qui ont apporté leur collaboration. En l’absence de prises de vues ventrales, il est néanmoins probable que le sujet observé à Bastia soit une femelle.

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Quelques jours plus tard, un Diable de mer retient l’attention de la capitainerie du port Cristian Abbondanza de Savona (Italie). L’animal semble avoir été remarqué à diverses reprises, durant près d’un mois, entre la capitale provinciale et Arenzano (province de Gênes)… s’il s’agit bien du même animal ?

vidéo 1

vidéo 2

La raie Mobula est encore dans le port de Savone, mais c’est un risque.

La grande raie est incontournable dans les eaux du port de Savone. Ses pérégrinations constituent en soi un événement exceptionnel comme le précise le capitaine de frégate Giulio Giraud : « Elle est devenue la mascotte de notre port ; nous sommes en contact avec l’Aquarium de Gênes et la Faculté de Biologie  l’Université de Gênes pour obtenir tous les détails, car ce n’est vraiment pas normal qu’une telle raie élise domicile dans le port. »

Comme pour Bastia, on retrouve la question des risques de blessures encourus avec les hélices de bateaux et de navires entrant et sortant du port.

L’Instituto Superiore per la Protezione e la Ricerca Ambientale (ISPRA) précise par ailleurs que c’est une espèce en voie de disparition protégée (Annexe 2 de la Convention de Berne et Annexe II de la Convention de Barcelone) et qu’au titre de leur vulnérabilité il est absolument interdit de s’en approcher, de la toucher ou la harceler.

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