Le diable de mer méditerranéen / U diavulu di mari

Une Raie manta (telle Manta birostris) en Méditerranée ? Sur le littoral de Corse, depuis un bateau ou lors d’une plongée, certains croisent la route d’une raie bien étrange, que l’on s’attend d’abord à trouver dans des eaux plus exotiques.

Mais est-ce bien d’une Manta qu’il s’agit ???

Pas tout à fait, car cette dernière n’a jamais été encore officiellement enregistrée en Méditerranée… Il y a donc bien plus de chances pour que Mobula mobular -ou Diable de mer méditerranéen- soit votre sujet d’observation. En Corse, on nomme cette raie diavulu di mari, ciocciu di mari, vacca di maribramanta ou encore raza pinnota, selon que l’on soit à Ajaccio,  Cargèse, Calvi, Propriano ou Bonifacio.

Mobula vs Manta

– Différences morphologiques entre Manta et Diable de mer méditerranéen –
d’après Romanov Evgeny, IRD, UMR 212 EME, Centre de Recherche Halieutique Méditerranéenne et Tropicale

Elle est l’unique espèce de « mante » (de l’espagnol manta : manteau) connue en Méditerranée où elle est endémique. Elle ressemble d’ailleurs beaucoup à cette espèce parente, qui est en quelque sorte sa grande sœur tropicale, de par sa taille, la forme de son corps et sa façon de nager en surface, bouche béante. Dans nos eaux, c’est vraisemblablement l’été que cette prodigieuse mangeuse de plancton donne naissance à un seul nouveau-né de grande taille (envergure estimée 1, 66 m pour 35 kg), à des intervalles inconnus. Elle évolue le plus souvent seule ou en couple, plus rarement en groupe (de petites concentrations de quatre ou cinq individus ont été observés sur la côte orientale de la Corse). Il lui arrive de faire des bonds hors de l’eau. Des saltos-arrières ont pu être observés.

Trois spécimens ont fait l’objet d’un marquage dans le détroit de Messine (Italie) ; les suivis ) révèlent en 2007 que ces diables de mer passent en été la plus part de leur temps dans les eaux de surface (prof. max. 50 m avec t° de 20 à 29°) et ne font que de rares incursions au dessous de la thermocline. Ce comportement peut vraisemblablement permettre à Mobula mobular de maintenir une température corporelle stable.

Elle n’est pas en état de procréer avant d’atteindre 15 ans ; son espérance de vie est estimée à 40 ans. Sa stratégie de reproduction est lente : au cours de sa vie, elle ne donne naissance qu’à un jeune tous les 2 ou 3 ans. Au maximum, elle met donc bas 10 à 14 fois (soit moins que le Grand requin blanc).

Son aire de répartition limitée et sa faible capacité de reproduction la rendent particulièrement vulnérable à la surpêche. Bien qu’aucune pêche directe ne cible la mante de Méditerranée, les rapports provenant des prises accidentelles dans les pêches pélagiques en Méditerranée font état de taux élevés de mortalité. L’espèce est menacée par la pêche au filet dérivant, qui se poursuit en dépit des interdictions dans les eaux méditerranéenne (WWF 2005) et par les captures accidentelles dans les palangres, les sennes coulissantes, les chaluts et les méthodes fixes de pêche de thons traditionnelle, les madragues. La raie de Méditerranée figure dans l’Annexe II de la « Liste des espèces en danger ou menacées » de la Convention de Barcelone (voir 5.2.2), qui exige de la part des parties prenantes, d’assurer une protection maximale et de favoriser la sauvegarde des 14 espèces répertoriées. Elle est également inscrite à l’Annexe II (espèces de faune strictement protégées) de la Convention de Bern (voir 5.2.1). Source UICN

La Commission générale des pêches pour la Méditerranée (GFCM) et la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (ICCAT) ont introduit une législation visant à interdire l’utilisation des filets dérivants pélagiques dans le bassin méditerranéen. La mise en œuvre de cette législation supprimerait l’une des menaces les plus sévères pesant sur le Diable de mer méditerranéen. Dans le cas contraire, il est vraisemblable que cette raie ne se rencontrera que de plus en plus rarement en Méditerranée.

Cette espèce est évaluée comme En danger.

Même si elle ne fait pas l’objet d’une pêche ciblée des individus, parfois très jeunes, se heurtent aux filets de pêche dans les zones côtières.

photo © Hélène Marly – AILERONS

Impressionnant rassemblement dans les eaux gazaouites.

En Méditerranée, on signalera un phénomène exceptionnel, intervenu le 26 février 2013 en proximité de la Bande de Gaza (Palestine) : la capture d’un nombre impressionnant de diables de mer méditerranéens. Le Professeur Dan Kerem (cétologue du Leon Renacati Institute of Maritime Studies – Haifa, Israël) relaye un rapport reçu du Docteur Mohammed Ibrahim Abudaya.

Ce rapport indique que les pêcheurs palestiniens, autorisés depuis novembre 2012 à pêcher au large des côtes jusqu’à 7 miles nautiques, ont remarqué un immense agrégat de M. mobular en surface, dans une zone proche de la frontière égyptienne. Ils en ont capturé environ 500. Leur poids varie entre 150 et 250 kg. Il n’y avait aucune mention de l’engin de pêche utilisé. La chair de ces raies a servi pour la consommation humaine, dans un état sous embargo fluctuant, où les denrées alimentaires peuvent manquer ou demeurer difficilement accessibles financièrement.

Précédemment, dans un message à la Société Italienne  de Biologie Marine (SIBM), le Docteur Argyris Kallianiotis, directeur de l’Institut de Recherche Halieutique (Kavala, Grèce) mentionne qu’« un mois avant, dans le cadre d’une visite officielle d’un groupe d’experts de la FAO [….] les pêcheurs locaux soulignent l’importance de « diables de mer » dans les opérations de pêche réalisées fin février ou début mars et que cette espèce est considérée comme précieuse pour le marché-aux-poissons local. ».

Pour sa part, le Docteur Guiseppe Notarbatolo di Sciara, spécialiste de cette espèce, nous assure qu’il ne connait aucun autre précédent d’un tel rassemblement en Méditerranée, où le Diable de mer méditerranéen est protégé (communication personnelle).

Si l’on se fie aux observations réalisées sur d’autres espèces de Mobula, en Californie notamment, ces gigantesques rassemblements constituent des préludes à la reproductions.

Source :
TRELUT Pascal, SITTLER Alain-Pierre, BAUS Frédéric, MALIET Vincent,  in : DORIS, 6/11/2011 : Mobula mobular (Bonnaterre, 1788), http://doris.ffessm.fr/fiche2.asp?fiche_numero=2912

MOHAMMED ABEDAFPGetty ImagesMOHAMMED ABED/AFP/Getty Images

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Depuis 2007, une étude est engagée en Méditerranée pour laquelle nous appelons tous les usagers de la mer : plaisanciers, pêcheurs, plongeurs à nous signaler leurs observations de diable de mer.

En lien avec l’équipe AILERONS de Montpellier, nous tentons de recenser les peuplements de cette espèce, considérée comme menacée de disparition, à l’échelle de toute la Méditerranée. Vos témoignages des animaux observés nous sont essentiels, comme vos photos ou vos vidéos. Depuis le début du Projet Raie Diable de nombreux signalements d’animaux ont été faits par des plongeurs en Corse ou en Région PACA. Pour les témoignages intéressant les eaux continentales, nous vous invitons à en faire le directement signalement auprès de nos partenaires.

Nous avons relevé, sans que nous puissions malheureusement approfondir beaucoup de ces témoignages (certains sont à peine documentés), jusqu’à ce jour nous disposons d’éléments intéressant essentiellement la côte ouest :

  • 2001 : Centuri (Cap Corse) – en cours de documentation –
  • 2005 : entre Cargèse et Sagone, en plongée, sur le plateau du Triu
  • 16 juillet 2006 : en bateau (mission CEGEM), dans la Scandola (identification erronée)
  • fin juillet 2008 : en plongée au large de Sagone
  • septembre 2008, dans la baie de Calvi, à proximité du « sec du Clocher » *
  • 8 juin 2009 : une raie est observée en plongée sur le plateau du Triu, à Puntiglione
  • 9 août 2009 : une raie observée en bateau, en proximité d’Isula Piana (Bonifacio)*
  • 2009, non daté : golfe d’Ajaccio, la Spuntale, en plongée (2 observations)
  • juillet 2010 : golfe d’Ajaccio, aux alentours des Sanguinaires (identification erronée)
  • juillet 2010 : Centuri (Cap Corse) *
  • été 2011 : golfe de Lava – en cours de documentation –
  • 16 juin 2012 : Bastia Vieux-Port * + analyse
  • 28 juillet 2012 : golfe d’Ajaccio, site de la Campanina, en plongée *
  • 2 aout 2012 : baie de Calvi, à proximité du site de la Bibliothèque, en PMT *
  • 2 aout 2012 : Finocchiarola, en PMT *
  • 14 aout 2012 : baie de Calvi, à proximité de la Citadelle -documentation en cours-
  • 23 aout 2012 : entrée du Valinco, observée depuis un bateau *
  • juillet 2013 : deux spécimens dans le golfe d’Ajaccio*
  • 22 juillet 2013 : golfe de Porto, un spécimen en surface *
  • aout 2013 : un spécimen observé dans le golfe d’Ajaccio, sur la Campanine et les Sanguinaires
* rencontres documentées

N’hésitez pas à nous signaler vos observations de diables de mer méditerranéen en remplissant le questionnaire d’enquête et à nous envoyer vos informations.

AVIS AUX PÊCHEURS, PLAISANCIERS, PLONGEURS, CHASSEURS, ESTIVANTS OU AUTRES : toutes les images de l’animal sont importantes, photographiez ou filmez le Diable de mer et contactez-nous… Merci.

Nos objectifs :

  • Identifier, caractériser et localiser les populations en Méditerranée
  • Déterminer des zones clés pour l’espèce en Méditerranée
  • Préciser l’intérêt éventuel des eaux de Corse
  • Contribuer à estimer l’état et la dynamique des populations en Méditerranée
  • Déterminer les menaces connues ou potentielles
  • Participer à la conservation de l’espèce au sein de la Méditerranée

In Mediterranean Sea, mobulas rays (look-alike mantas rays) are in peril.

YOU CAN HELP!

Report your observations for contribute to the conservation of this highly vulnerable specie, in just 5 minutes.

HOW?

Follow PDF link; your observations can make all the difference!

SPREAD THE WORD! Send the link to other boaters, divers, dive companies and organizations around the world.

Thank you to everyone

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